Le passé n'existe que par les œuvres des hommes. Elles sont leur seul capital durable.

Gaston Gallimard, janvier 1953

Pierre Drieu la Rochelle

corrigeant des épreuves de La NRF, 1941

1939-1945. Les années sombres

Repliées en septembre 1939 dans la Manche, les équipes des Éditions se dispersent durant l’exode, les Gallimard et les Paulhan passant l’été 1940 à Carcassonne chez l’écrivain Joë Bousquet. La publication de La NRF est alors interrompue. Gaston Gallimard décide de revenir à Paris en octobre 1940 afin d’éviter une mise sous séquestre de sa société.

Les Allemands ont déjà instauré un régime de contrôle de l’édition en zone occupée, ordonnant le retrait de nombreux ouvrages. Ils exigent de Gallimard des garanties particulières au vu de la « toxicité » de son catalogue et du caractère prétendument « enjuivé » de son capital et ses équipes. Le siège de la NRF est mis sous scellés le 9 novembre ; le 23, un accord est trouvé : Gaston garde la maîtrise de son entreprise, mais accepte que soient confiées au collaborationniste Drieu la Rochelle la direction d’une NRF exclusivement littéraire et « une participation étendue » à la direction des Éditions. Mais Drieu rendra exsangue la revue, en l’ouvrant à des écrits proallemands et en la fermant aux auteurs « indésirables » ; privée de ses auteurs « historiques », la revue cessera de paraître en juin 1943... Dans le même temps, la résistance intellectuelle s’organise autour de Paulhan, Queneau et d’autres au sein même des Éditions.

Cette période douloureuse et complexe est marquée par la révélation des œuvres d’Albert Camus et de Maurice Blanchot et, malgré la censure, par la publication de textes importants d’Eluard, Aragon, Sartre, Queneau, Saint-Exupéry et Jünger.

À la Libération, la revue est interdite par le comité d’épuration, alors que le dossier des Éditions est classé. Les questions de l’épuration des milieux littéraires et de l’engagement des écrivains séparent alors le clan sartrien, réuni autour de la revue des Temps modernes, et celui de Jean Paulhan, qui réunit dans ses Cahiers de la Pléiade, au nom de la seule littérature, les réprouvés du jour (Céline, Jouhandeau, Montherlant...) et les résistants de la veille.

 

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