Les œuvres les plus divergentes, lorsqu’elles se rassemblent dans le musée où la bibliothèque, ne s’y trouvent pas rassemblées par leur rapport avec la réalité, mais par leurs rapports entre elles.

André Malraux, L’Homme précaire et la littérature

5, rue Sébastien-Bottin,

siège des Éditions à partir de juillet 1930. Photo Henri Manuel

La collection Une Œuvres, un portrait

Michaux, Ponge, Aragon, Artaud.

1919-1939. La double enseigne

Les années d’entre-deux-guerres voient s’élargir le spectre éditorial de la Maison avec la création de nombreuses collections : « Les Peintres nouveaux », « Les Documents bleus », « Bibliothèque des idées », « Les Essais », « Vie des hommes illustres », « Du Monde entier »...

La littérature française de création trouve son foyer dans « Une Œuvre, un portrait » puis dans « Métamorphoses », qui accueillent les jeunes dadas puis les surréalistes, ainsi que les écrits de Jouhandeau, Ponge, Michaux, Audiberti ou Tardieu... Jean Paulhan, rédacteur en chef de la revue après la mort de Rivière en 1925, sera l’un des promoteurs de cette génération nouvelle, même si sa rupture avec des surréalistes « politisés » nuira aux bonnes relations d’Aragon et Breton avec Gaston Gallimard.

Celui-ci s’entoure de collaborateurs qu’il réunit chaque semaine au sein d’un comité de lecture. Parmi eux figurent les cadres intellectuels de la revue : Jean Paulhan, Benjamin Crémieux, Ramon Fernandez, Bernard Groethuysen, bientôt rejoints par Brice Parain, André Malraux, Marcel Arland et Raymond Queneau...

La Maison apporte dès lors une contribution décisive au renouvellement du roman, associant au catalogue des aînés les œuvres singulières de Morand, Supervielle, Cocteau, Cohen, Aymé, Kessel, Saint-Exupéry, Giono, Simenon, Queneau et Sartre, laissant toutefois échapper Montherlant, Céline et Gracq. Le principal concurrent est l’éditeur Bernard Grasset, auquel on parvient cependant à soustraire André Malraux, grand « animateur » de la Maison dans les années 1930. Il sera notamment l’un des intercesseurs pour la jeune littérature américaine (Hemingway, Dos Passos, Caldwell, Faulkner et Steinbeck) qu’accueille alors la Maison, aux côtés des œuvres de Pirandello, Svevo, Kafka, Döblin, Nabokov, Amado et, en léger différé, Joyce.

La période est également marquée par la publication des grands textes de Freud et d’Alain, l’ouverture à la philosophie (Kierkegaard, Hegel, Heidegger) et aux sciences de l’homme (Leiris, Dumézil) et, dans un contexte de plus en plus politisé, la parution des grands essais de Gide, Giono et Bernanos.

 

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