Toute la question est de savoir si une entreprise commerciale peut vivre en n’éditant que des ouvrages excellents de forme et de fond…

Paul Claudel à André Gide, 2 juin 1910.

Un siècle d’édition

« La NRF n’a jamais été autre chose que le contraire d’un mouvement doctrinaire ou dogmatique. Qu’y avait-il en effet de commun sur le plan des idées ou sur celui de l’actualité de jadis, entre Gide, Claudel, Valéry, Fargue, Apollinaire ou Paulhan ? En 1925-1930, la NRF n’était pas surréaliste mais elle publiait Eluard, Breton, Desnos ; en 1945, elle n’était pas existentialiste, mais elle a publié Sartre, Camus, Merleau-Ponty. En 1950-1960, la NRF n’était pas dépositaire du "nouveau roman", mais elle a publié Nathalie Sarraute, Michel Butor et Marguerite Duras. Aujourd’hui elle n’est ni structuraliste, ni spatialiste, ni telqueliste, mais elle publie Michel Foucault... » Claude Gallimard

1909-1911. De la revue aux Éditions

Les premiers livres des Éditions de la Nouvelle Revue française paraissent en juin 1911 : L’Otage de Paul Claudel, Isabelle d’André Gide et La Mère et l’enfant de Charles-Louis Philippe, bientôt suivis des Éloges de Saintleger Leger, futur Saint-John Perse.

1911-1919. Le comptoir d’édition

La proximité entre la revue et la maison d’édition est fructueuse. Le catalogue des Éditions s’enrichit d’auteurs de La NRF (Gide, Claudel, Leger, Fargue, Rivière, Larbaud, Suarès, J. Romains, Bloch…) comme d’écrivains venus directement à elles, à l’image de Drieu la Rochelle ou de l’ami Roger Martin du Gard, l’auteur de Jean Barois, indéfectible trait d’union entre Gide et Gaston Gallimard.

1919-1939. La double enseigne

Les années d’entre-deux-guerres voient s’élargir le spectre éditorial de la Maison avec la création de nombreuses collections : « Les Peintres nouveaux », « Les Documents bleus », « Bibliothèque des idées », « Les Essais », « Vie des hommes illustres », « Du Monde entier »...

1939-1945. Les années sombres

Repliées en septembre 1939 dans la Manche, les équipes des Éditions se dispersent durant l’exode, les Gallimard et les Paulhan passant l’été 1940 à Carcassonne chez l’écrivain Joë Bousquet. La publication de La NRF est alors interrompue. Gaston Gallimard décide de revenir à Paris en octobre 1940 afin d’éviter une mise sous séquestre de sa société.

1946-1970. D’un Gallimard l’autre

La mort d’André Gide en 1951 marque une rupture. Les frères Gallimard ont installé leurs fils au sein de la Maison. Mais une sévère crise de succession éclate au milieu des années 1950, tandis que l’entreprise est déjà entre les mains de Claude, le fils de Gaston. La mort accidentelle de Michel Gallimard, fils de Raymond, et d’Albert Camus en 1961 met un terme tragique à cette querelle.

1970-2011. Une nouvelle donne éditoriale

À la mort de son fondateur, le jour de Noël 1975, Gallimard est une maison convoitée. Claude doit continuer à développer l’entreprise familiale et fait entrer ses quatre enfants dans l’entreprise. C’est à son fils cadet, Antoine, qu’il en confiera la présidence en 1988, lequel saura en préserver l’indépendance en dépit d’une crise familiale.

1972-2011. De la jeunesse chez Gallimard

De Macao et Cosmage au Petit Prince, en passant par Les Contes du chat perché, la NRF tient une place singulière dans l’édition pour la jeunesse depuis les années 1930. Mais c’est en 1972 qu’un véritable tournant a lieu, avec l’arrivée de Pierre Marchand, éditeur visionnaire, et de son complice Jean-Olivier Héron dans l’effectif de Gallimard.