Je n’ai jamais pensé qu’à imprimer des livres que je souhaitais avoir dans ma bibliothèque. En le faisant pour moi, je le faisais pour d’autres.

Gaston Gallimard, années 1950

Décor pour La Nuit des rois, de Shakespeare, 1920.

Maquette d’un carnet d’abonnement au Vieux-Colombier, octobre 1913.

Le Vieux-Colombier (1913-1924)

Prolongement de la NRF, le théâtre du Vieux-Colombier renouvelle la scène francophone entre 1913 et 1924, avec Jacques Copeau en directeur et Charles Dullin et Louis Jouvet comme acteurs et régisseur.

L’idée d’associer un théâtre à La NRF revient à deux des fondateurs de la revue, Jacques Copeau et Jean Schlumberger. L’un s’est fait connaître par ses critiques dramatiques et par son adaptation des Frères Karamazov ; le second a déjà quelques pièces à son actif. Habitué des loges, Gaston Gallimard est sensible à cette proposition, qui sonne comme un adieu à la « cohue foraine du Boulevard » de son enfance. Il n’est qu’à lire le manifeste du Vieux- Colombier – c’est le nom de ce théâtre, de cette troupe puis de cette école –, publié dans La NRF de septembre 1913 : l’indignation y domine, à l’égard de l’« industrialisation » de la scène et des amuseurs publics qui y cabotinent. Il faut rétablir une scène de qualité pour l’élite cultivée, mise au service du texte dramatique : « Pour l’œuvre nouvelle, qu’on nous laisse un tréteau nu ! » L’avant-garde n’y tiendra pas demeure : « Nous ne sentons pas le besoin d’une révolution. Nous avons, pour cela, les yeux fixés sur de trop grands modèles. » Les grands classiques seront privilégiés, mais côtoieront des œuvres de Claudel, Gide, Martin du Gard ou Vildrac. Charles Dullin et Louis Jouvet, régisseur, font partie de la troupe qui ouvre sa première saison le 23 octobre 1913. L’expérience du Vieux-Colombier (1913-1924), exportée durant la Grande Guerre à New York, puis l’évolution de Copeau vers un théâtre populaire « décentralisé », appartient à la grande histoire de la scène française.

 

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