Je n’ai jamais pensé qu’à imprimer des livres que je souhaitais avoir dans ma bibliothèque. En le faisant pour moi, je le faisais pour d’autres.

Gaston Gallimard, années 1950

La « Série noire »

Traducteur de « romans d’aventures » américains, Marcel Duhamel, ami de Jacques Prévert, rencontre Michel Gallimard en 1944. De leur bonne entente naît, en septembre 1945, la « Série noire », dont les trois premiers titres sont traduits par Duhamel : La Môme vert-de-gris et Cet homme est dangereux d’Horace McCoy et le sulfureux Pas d’orchidées pour Miss Blandish de James Hadley Chase.

Gallimard est en terrain connu : à son catalogue figurent déjà les œuvres de James Cain et de Dashiell Hammett, père de ce roman noir anticonformiste. Missionné à Londres début 1945, Duhamel signe des contrats pour les œuvres de Peter Cheyney, Raymond Chandler, Don Tracy...

La collection prend son essor en 1948 sous l’impulsion de Claude Gallimard, qui lui associe une « Série blême », vouée aux romans à suspense. La « Série noire » suit alors les évolutions du genre, s’ouvrant aux romanciers français, avec Arcouet, Amila, Simonin, Le Breton, Giovanni, Ryck...

Duhamel a fait de cette collection un mythe ; il la dirigera jusqu’à sa mort en 1977, assisté de Robert Soulat, son successeur. Le roman noir français y fera sa mue, sociale et politique, au début des années 1970, dans le sillage de Manchette, ouvrant la voie à des auteurs comme Hervé Prudon, Jean-Bernard Pouy, Thierry Jonquet, Didier Daeninckx, Tonino Benacquista ou Daniel Pennac – lequel sera le premier auteur à passer de la « Série noire » à la collection Blanche... Il reviendra à Patrick Raynal, éditeur de Jean-Claude Izzo et de Maurice G. Dantec, de donner à la « Série noire » une dimension plus internationale, avant que la collection ne quitte en 2005 l’univers du poche pour prendre un nouveau départ.

 

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