Toute la question est de savoir si une entreprise commerciale peut vivre en n’éditant que des ouvrages excellents de forme et de fond…

Paul Claudel à André Gide, 2 juin 1910.

Photo DR

Jacques Rivière

Jacques Rivière (1886-1925) assure le secrétariat de La NRF de 1911 à 1914, avant d’en être le directeur de 1919 à sa mort. Romancier et essayiste, il prend part à une nouvelle orientation de la critique et laisse une correspondance essentielle à la compréhension de la littérature de son temps, dialoguant avec Alain-Fournier, Gide, Claudel, Proust et Artaud.

Né à Bordeaux en 1886, élève de khâgne à Lakanal (avec son ami Alain-Fournier, son futur beau-frère), Jacques Rivière, licencié de philosophie, se lie avec Francis Jammes, Alexis Leger, André Lhote et Paul Claudel, avec lequel il engage en 1907 une correspondance éblouissante sur la foi et la raison.

Aussi décisive sera la rencontre avec Gide en 1908, qui mène Rivière à La NRF. Son apport critique y est immense : explicitation du classicisme moderne et de l’évolution analytique du roman, évaluation des avantgardes, révélation de l’œuvre proustienne…

Secrétaire de la revue de 1912 à 1914, puis prisonnier de guerre durant tout le conflit, il reprend la direction de La NRF en 1919, soutenu par Copeau et Gaston contre ceux des fondateurs qui souhaitent en faire une revue partisane. Mais ce « galérien » de l’édition succombe le 13 février 1925 d’une fièvre typhoïde, épuisé par la tâche et affecté par les petites trahisons de Gide et ses amis, sur fond de querelle avec la droite catholique et nationaliste.

Au-delà des débats posthumes sur sa foi, et malgré les excès de sa droiture dont Aragon, Artaud ou Cendrars feront les frais, Rivière est l’une des plus admirables figures de cette histoire.

Extrait de Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, d’A. Cerisier, coll. Découvertes Gallimard, 2011

 

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